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15/04/2008

Laurence Tardieu ; Puisque rien ne dure

Couverture :
Je meurs voilà ce qu'elle m'écrit Vincent je meurs viens me voir viens me revoir une dernière fois que je te voie que je te touche que je t'entende viens me revoir Vincent je meurs. Et au bas de la feuille, en tout petit, presque illisible, son prénom, Geneviève, tracé lui aussi au crayon à papier, comme le reste de la lettre, de la même écriture tremblante, défaillante, si ce n'avait pas été ces mots-là on aurait pu croire à l'écriture d'un enfant, on aurait pu sourire, froisser la feuille, la jeter à la poubelle et l'oublier ; mais non, ce n'est pas un enfant, c'est Geneviève qui meurt.

Mon avis :
Rarement je pense (ma connaissance n’est certainement pas assez suffisante pour l’affirmer) écrivain aura su aussi bien décrire les ravages, la lente désagrégation d’un couple face à la perte d’un enfant. Comment exprimer avec mes mots ceux de Laurence Tardieu, pétris de dignité, de tranquille désespoir et pourtant tellement pleins de vie en fin de compte.

Puisque rien ne dure fait parti de ces romans dont je suis incapable de parler parce que le mieux que l’on puisse faire est de vous dire à votre tour de le lire.

Tamara, Emeraude, Karine, Thom et d’autres ont été plus prolixes.

13/04/2008

Nikki Gemmel : La mariée mise à nue

Couverture :
Une femme anonyme disparaît, laissant un journal intime qui raconte au quotidien son expérience sexuelle. Pour tous ceux qui la connaissaient, elle semblait l’épouse idéale : heureuse, dévouée, épanouie. Mais son journal révèle une vérité bien différente, celle d’une mariée aux désirs inassouvis…

Mon avis :
La mariée mise à nue est un OVNI déconcertant, palpitant et machiavélique :
- déconcertant de ce fil tenu où se situe son héroïne, partagée entre l'image qu'elle souhaite donner et sa véritable nature quelle découvre elle-même.
Déconcertant devant l'impression de malaise que laissent certaines leçons (le journal est séparé en cours chapitre intitulé leçon n°..) car trop souvent criant de vérité, mais une vérité froide, presque chirurgicale devant la lente décomposition de ses idéaux, les compromis de pis en pis qu'on accepte de faire avec l'age.
- palpitant, parce que je n'ai pas pu m'empêcher d'espérer tout du long qu'une solution a tout cela existait.
- machiavélique, car si le style de l'auteur (tout le texte est construit autour de phrases en "vous" (vous faites ceci, vous faites cela) m'a au début gêné, je l'ai trouvé ensuite totalement pertinent. Il donnait le recul nécessaire à la narratrice pour raconter son histoire. Et ce vous intrusif pour le lecteur, m'a permis de me sentir concernée et jamais déconnectée par cette manière froide de conter une histoire.

C'est amusant car je viens de dire deux fois que le récit est froid, et pourtant l'histoire ne l'est absolument pas. C'est une femme qui vibre, palpite et qui en même temps pourtant accepte d'annihiler ses sentiments.

Déconcertant, palpitant, machiavélique et surtout troublant.

Les avis de Fashion, Cuné, Sassenach.

07/04/2008

Julien Blanc-Gras : Comment devenir un dieu vivant

Couverture :
"La fin du monde, je ne suis ni pour, ni contre. Je ne m'en réjouis pas, bien sûr. Je ne la déplore pas non plus, ça ne sert à rien. L'époque est vécue comme apocalyptique. Donc, elle l'est. Voilà comment je voyais les choses à ce moment-là. En tout cas, il ne me venait pas à l'idée de pouvoir sauver l'humanité, ou alors seulement quand j'étais vraiment ivre."

Ce livre est une comédie apocalyptique. Il raconte l'histoire de William Andy, un looser ordinaire devenu prophète médiatique en proposant des solutions pour aborder la fin du monde sans se faire mal.

Mon avis :
Ce livre est décrit comme "une satire enjouée mais au vitriol de notre société". Et je pense que la description est on ne peut plus bien trouvée. Julien Blanc-Gras réussit a toujours rester sur le fil entre roman complètement déjanté mais tout à fait plausible. Il joue avec les références de sa génération des trentenaires (il est né en 1976).
C'est une lecture enjouée et qui pourtant réussi à faire réfléchir sur notre société. C'est une satire mais jamais ennuyante, sous la forme d'un roman dont j'ai eu envie de connaitre la fin depuis le début : non pas parce que je m'ennuyais bien au contraire, mais parce que je ne savais pas où voulait m'emmener l'auteur. Et j'ai adoré cet état d'esprit!
Ce livre m'a un peu étourdie, après l'avoir fini, je ne savais pas vraiment comment en parler. D'ailleurs je rédige cette critique plus de 15 jours après l'avoir terminé!

Le livre a quelques fois les défauts de la jeunesse, mais aussi ses qualités : le récit fonce, ne laisse que peut reprendre son souffle... A mon avis, il ne laissera que peu indifférent : on peut soit l'aimer énormément, soit y être totalement hermétique - pas de demi-mesure.

A noter particulièrement, la parabole du morse. (et si vous voulez la connaitre, et bien il faudra lire le livre ;)

02/04/2008

Jeannette Walls : Le château de verre



Couverture :
'Je me demandais dans le taxi si je n'étais pas trop habillée pour la soirée quand j'ai aperçu maman en train de fouiller dans une benne à ordures. (.. .) Elle s'était entouré les épaules de chiffons pour se préserver de la fraicheur printanière et faisait son choix dans la poubelle pendant que son chien, un terrier croisé noir et blanc, jouait à ses pieds. (.. .) En dépit de ses cheveux gris emmêlés et de ses yeux creusés, elle me rappelait encore la mère de mon enfance, celle qui accomplissait des sauts de l'ange du haut des falaises, peignait dans le désert et lisait Shakespeare à haute voix'. Jeannette Walls est connue du Tout New York : chroniqueuse mondaine, elle évolue dans le monde des célébrités. Qui pourrait imaginer qu'elle a passé ses premières années dans la misère la plus sordide ? - que son enfance a été une lutte continuelle pour survivre, marquée par un père et une mère d'une excentricité absolue ? Amoureux des arts et des lettres, sublimes de fantaisie, les parents Walls sont aussi des marginaux d'un égoïsme criminel. Mathématicien et bricoleur inspiré, le père caresse un rêve fou : bâtir une maison de verre dans le désert. Mais il noie ses projets dans l'alcool. La mère écrit, peint, déclame de la poésie. Son bien-être ne l'intéresse pas. Celui de sa progéniture non plus. Fuyant la misère, la famille doit sillonner l'Amérique. En permanence, les enfants Walls sont confrontés au froid, à la faim, au danger. Jeannette Walls raconte l'histoire poignante de son enfance - une enfance nourrie aux mythes des années 1960 : le rejet de la société de consommation, le culte de la nature, le retour à la vie des pionniers...

Mon avis :
Il y a des livres que vous n'auriez pas achetés seule et qui vous prennent tellement que vous ne pouvez plus les lâcher. C'est exactement ce qu'il m'est arrivé avec ce livre.
Etant allée faire un tour chez I love my blender, pour trouver un livre pour la Saint-Patrick, j'ai entendu Christophe le libraire conseiller chaudement ce livre. Il racontait d'ailleurs qu'une cliente était revenue spécialement le remercier de lui avoir conseillé cet achat.
Comme toute LCA qui se respecte, je n'ai pas pu m'empêcher de demander de quel livre il s'agissait et surtout de craquer pour.

Cette histoire a deux facettes : d'un côté, on ne peut pas s'empêcher de trouver une part de magie dont le meilleur exemple est certainement lorsque le père offre des étoiles pour Noël à ses enfants, mais de l'autre il y a l'insoutenable : comment peut-on même envisager d'élever ses enfants dans une telle misère alors qu'on n'a pas tout tenté pour les en préserver?

Si on peut trouver quelques excuses mineures à ce père, la mère est pour moi inexcusable : elle avait les moyens de ne pas fermer les yeux et de rétablir un semblant de normalité dans cette famille.

En roman, cette histoire aurait certainement semblé trop mélo, un peu too-much, mais là malgré l'indéniable qualité du récit, je n'ai jamais oublié qu'il s'agissait d'un récit autobiographique. Pour être certaine de vous convaincre, je finirais en confiant que contrairement à mon habitude, je n'ai pu enchainer directement par un autre, il m'a fallu une petite pause d'une journée.

29/03/2008

Alexandre Jardin : Chaque femme est un roman

Couverture :
"Parfois il me semble que les femmes sont des tremplins vers le fabuleux. Ecrivaines pour la plupart non pratiquantes, elles produisent de la prose intérieure destinée à tromper leur déception et à soigner leurs rêves. Changent-elles de métier, d'amant, d'opinion? C'est d'abord une césure, un rebond de style, un chapitre qui se tourne. Adressent-elles une oeillade à un passant? C'est un best-seller qui débute. Depuis mon plus jeune âge, je sais que chaque femme est un roman. Voici en quelque sorte mes études littéraires, blondes et brunes."

Mon avis :
Quarantenaire écrivain connu entre autre pour sa fantaisie et son prix femina, j'ai rencontré Alexandre Jardin mercredi aux Deux Magots, grâce à une invitation des éditions Grasset à l'occasion de la sortie du nouveau roman de cet auteur Chaque femme est un roman. J'avoue que je n'aurais pas acheté ce livre, le prix des brochés étant ce qu'il est même une LCA enragée ne peut pas tout se payer (et de toutes façons, même si elle le pouvait, elle ne pourrait pas tout lire).

Alexandre Jardin a un style et ce roman ne fait pas défaut, ce style sert en plus une très belle idée : raconter sa vision des femmes qui ont marqué sa vie. Ces femmes peuvent l'avoir croisé un jour ou toute une vie (sa mère est très présente), il peut les avoir aimé ou avoir juste partagé quelques instants avec elles... Toujours ces femmes ont eu en commun qu'elles sont du genre "à ne pas vous laisser tranquille", à jouer avec des limites, expérimenter d'autres méthodes, mettre de la romance, de l'imagination dans une vie.
Comme par exemple :
- cette institutrice qui choisissait de mettre les bons élèves à la porte pour motiver les cancres
- Leïla, comédienne de doublage, qui transforme sa vie en film pour compenser son absence d'image ("Chaque week-end, je me fais un film. Pour rendre mon destin un peu plus scintillant.")
- Cette voisine qui égayait la vie des femmes tristes de son quartier en leur envoyant des bouquets de fleurs agrémentés de lettres d'amour.
Soit la plume de l'écrivain a modifié quelquefois en enjolivant des réalités plus obscures, plus sordides, mais après tout, cela n'est-il pas ce que nous faisons tous? Nous avons tous une magnifique capacité de chérir les beaux souvenirs et d'enfouir (parfois un peu trop profondément) les mauvais.

Une lecture que je recommande pour comprendre l'importance de sortir du carré. C'est pétillant, ludique, quelquefois sérieux, comme devrait l'être la vie..